{"id":1147,"date":"2022-08-22T14:52:44","date_gmt":"2022-08-22T14:52:44","guid":{"rendered":"https:\/\/bulledarts.fr\/?p=1147"},"modified":"2022-08-31T14:02:01","modified_gmt":"2022-08-31T14:02:01","slug":"lexpo-une-seconde-deternite-joue-avec-le-temps-et-les-esprits-a-la-bourse-de-commerce","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bulledarts.fr\/?p=1147","title":{"rendered":"L&rsquo;expo \u00ab\u00a0Une seconde d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb joue avec le temps et les esprits \u00e0 la Bourse de Commerce"},"content":{"rendered":"\n<h3><strong>Apr\u00e8s deux premi\u00e8res expositions qui s\u2019\u00e9taient r\u00e9v\u00e9l\u00e9es d\u00e9cevantes, la Bourse de Commerce d\u00e9ploie un peu plus l\u2019\u00e9tendue de ses capacit\u00e9s avec un nouvel accrochage intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Une seconde d\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb. Autour d\u2019artistes bien connus, Philippe Parreno en t\u00eate, le lieu d\u00e9veloppe un univers \u00e9tonnant et un brin inqui\u00e9tant.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Avant toute chose, deux remarques qui vont orienter quelque peu cet article. D&rsquo;une part, au Panth\u00e9on de mes artistes favoris, Philippe Parreno occupe une place de choix &#8211; et par extension, toute la bande d&rsquo;artistes fran\u00e7ais avec qui il a collabor\u00e9 depuis les ann\u00e9es 90, aussi. D&rsquo;autre part, dans son travail, ce m\u00eame Philippe Parreno joue avec les pr\u00e9sences, les absences, et l&rsquo;interstice entre les deux. Ses \u0153uvres sont peupl\u00e9es de fant\u00f4mes, de mouvements \u00e0 l&rsquo;origine intrigante. Par essence, une expo qui d\u00e9roule le tapis rouge \u00e0 cet artiste a de grandes chances d&rsquo;avoir son \u00e2me &#8211; une \u00e2me artificielle, certes, mais une \u00e2me quand m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>La Bourse de Commerce, nouveau QG de la collection d&rsquo;art contemporain de Fran\u00e7ois Pinault qui a ouvert ses portes l&rsquo;an dernier, est un grand lieu. Tr\u00e8s grand. Trop grand ? Par deux fois, les expos qui y ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es depuis l&rsquo;ouverture ont p\u00e2ti de cette d\u00e9mesure. Difficile d&rsquo;y installer une seule et grande exposition, alors on y juxtapose des mini-expositions, et l&rsquo;immense nef centrale de cette ancienne bourse fait office de produit d&rsquo;appel, \u00e0 la mani\u00e8re du fantastique Hall des Turbines de la Tate Modern, \u00e0 Londres &#8211; vous l&rsquo;avez d\u00e9j\u00e0 forc\u00e9ment vu en photo, c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;un soleil artificiel a \u00e9t\u00e9 install\u00e9 en 2003 par l&rsquo;artiste Olafur Eliasson.<\/p>\n\n\n\n<h2><strong>Le temps, le temps, et rien d&rsquo;autre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Mais cette fois-ci, les expositions sont reli\u00e9es par un th\u00e8me, en apparence paradoxal : \u00ab\u00a0Une seconde d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb. Tout au long de la visite, on explore des travaux, des \u0153uvres, dans lesquels le temps semble s&rsquo;\u00eatre \u00e9tir\u00e9, parfois m\u00eame arr\u00eat\u00e9, o\u00f9 l&rsquo;on peut avoir l&rsquo;impression de voir s&rsquo;ouvrir un passage vers un monde diff\u00e9rent. L\u00e0 o\u00f9 c&rsquo;est int\u00e9ressant, c&rsquo;est que ce \u00ab\u00a0passage vers un monde different\u00a0\u00bb se mat\u00e9rialise aussi bien chez certains par la mort, que chez d&rsquo;autres vers une \u00e9tranget\u00e9 \u00e0 la fois fascinante et inqui\u00e9tante. \u00c9trange et proche.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>F\u00e9lix Gonzales-Torres est le premier \u00e0 jouer de ce rapport \u00e0 l&rsquo;absence. D\u00e8s l&rsquo;entr\u00e9e de la Bourse de Commerce, il installe une sc\u00e8ne du laquelle un danseur vient se produire cinq minutes dans la journ\u00e9e &#8211; le reste du temps, elle est vide. Mais comme les visiteurs ne connaissent pas l&rsquo;heure du show, al\u00e9atoire d&rsquo;un jour sur l&rsquo;autre, on est en permanence dans un entre-deux o\u00f9 il est possible que le danseur soit l\u00e0, ou pas l\u00e0. Un certain Schr\u00f6dinger pourrait dire que le danseur est \u00e0 la fois l\u00e0 et pas l\u00e0 (Vianney, lui, dirait juste qu&rsquo;il est pas l\u00e0).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"L&#039;interview de Caroline Bourgeois sur l&#039;exposition Roni Horn \u2014 Felix Gonzalez-Torres\" width=\"788\" height=\"443\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/fODQRA79ias?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Une grande partie des galeries du rez-de-chauss\u00e9e est consacr\u00e9e \u00e0 cet artiste am\u00e9ricain mort dans les ann\u00e9es 90 du Sida. Ses guirlandes lumineuses, porteuses d&rsquo;espoir, jouent elles aussi avec la notion d&rsquo;absence et de pr\u00e9sence : \u00e0 tout moment une ampoule peut cesser de fonctionner, mais il est facile de la remplacer. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ? \u00c7a, c&rsquo;est \u00e0 chacun de le dire. Gonzalez-Torres est accroch\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;une autre artiste, Roni Horn, qui elle aussi joue avec les impressions et nous met face \u00e0 des r\u00e9cipients remplis d&rsquo;eau&#8230; qui ne sont pourtant que des sculptures o\u00f9 il n&rsquo;y a pas une once d&rsquo;eau. <\/p>\n\n\n\n<h2><strong>Les faux fant\u00f4mes de Parreno<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Dans la Grande Nef, Philippe Parreno a convoqu\u00e9 plusieurs artistes amis (Arca, Nicolas Becker et Tino Sehgal) pour cr\u00e9er un paysage qui joue lui aussi sur une certaine forme d&rsquo;al\u00e9atoire : dans cet espace circulaire peupl\u00e9 d&rsquo;\u00e9crans et de miroirs, les mouvements et la musique sont orchestr\u00e9s par l&rsquo;environnement. <a href=\"https:\/\/bulledarts.fr\/?p=1105\" title=\"\u00ab&nbsp;Bor\u00e9alis&nbsp;\u00bb, un air de Nuit Blanche \u00e0 Paris\">Des variables qui d\u00e9pendent \u00e0 la fois du climat <\/a>(la lumi\u00e8re, la temp\u00e9rature) que du public (le son ambiant, l&#8217;emplacement des gens). Ce paysage semble prendre vie, et un gigantesque miroir \u00e0 quatre pattes donne l&rsquo;impression de tourner la t\u00eate pour vous suivre, pendant qu&rsquo;un mur mouvant peut vous bloquer le passage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"\u00ab Echo2 \u00bb, Philippe Parreno\" width=\"788\" height=\"443\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/SEpeFIfDEsg?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Mais chez Parreno, il ne s&rsquo;agit pas de faire passer des vessies pour des lanternes, et d\u00e8s qu&rsquo;un fant\u00f4me est l\u00e0, il y a un \u00e9l\u00e9ment pour vous rappeler que ce n&rsquo;est pas de la magie, qu&rsquo;un subterfuge est bien pr\u00e9sent. Ainsi, au fond de cette installation, tr\u00f4ne un immense ordinateur, absolument pas cach\u00e9, dont on d\u00e9couvre que c&rsquo;est lui qui pilote tout. <\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame chose dans \u00ab\u00a0Marilyn\u00a0\u00bb, un de ses grands films, d\u00e9j\u00e0 vu en 2013 au Palais de Tokyo : le film nous immerge dans la chambre d\u2019h\u00f4tel de Marilyn Monroe, vide, au Waldorf Astoria Hotel. L\u2019actrice nous raconte l\u2019ambiance de sa chambre\u2026 mais petit \u00e0 petit l\u2019artifice apparait. Sa voix est de synth\u00e8se, son \u00e9criture reproduite par un robot, et la chambre n\u2019est qu\u2019un d\u00e9cor de cin\u00e9ma.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2><strong>Ann Lee, vedette de l&rsquo;expo<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Il en va de m\u00eame avec Ann Lee, personnage r\u00e9current de l&rsquo;exposition. Elle nous est pr\u00e9sent\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9cran g\u00e9ant gr\u00e2ce \u00e0 la vid\u00e9o \u00ab\u00a0Anywhere out of the world\u00a0\u00bb : cette cr\u00e9ature en images de synth\u00e8se nous raconte son pass\u00e9, parfaitement consciente de n&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0pas un fant\u00f4me, juste une coquilles\u00a0\u00bb. A la fin des ann\u00e9es 90, Parreno et un autre artiste, Pierre Huyghe, ont achet\u00e9 les droits d&rsquo;un personnage de manga cr\u00e9\u00e9 par une soci\u00e9t\u00e9 qui l&rsquo;avait dessin\u00e9 mais jamais utilis\u00e9, Ann Lee. <a href=\"https:\/\/www.pinaultcollection.com\/fr\/boursedecommerce\/autour-dannlee\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Ils l&rsquo;ont relook\u00e9e, et surtout confi\u00e9e \u00e0 d&rsquo;autres artistes<\/a>, chacun invit\u00e9 \u00e0 lui donner corps \u00e0 sa fa\u00e7on, \u00e0 ajouter sa patte artistique \u00e0 cette coquille.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Philippe Parreno - Anywhere out of the world - 2000\" width=\"788\" height=\"591\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/AD270HZABUI?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Et l&rsquo;une des tr\u00e8s bonnes id\u00e9es de cette exposition, c&rsquo;est d&rsquo;avoir dispos\u00e9, tout au long du parcours, des interventions d&rsquo;Ann Lee. Tino Seghal, ma\u00eetre de la performance, lui donne corps, incarn\u00e9 par de vraies adolescentes. Mais \u00e0 d\u2019autres endroits de l\u2019exposition, Dominique Gonzalez-Foerster et Pierre Huyghe, d\u2019autres artistes de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration, pr\u00e9sentent aussi leur vision du personnage, de cette coquille, et lui permettent d\u2019exprimer d\u2019autres r\u00e9flexions sur sa propre existence. En plus d\u2019\u00eatre hant\u00e9e par le temps, la Bourse de Commerce est habit\u00e9e par ce personnage, que l\u2019on retrouve partout, tant\u00f4t attachant, tant\u00f4t inqui\u00e9tant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En parall\u00e8le, Dominique Gonzalez-Foerster pr\u00e9sente un autre temps fort :&nbsp;<em>OPERA (QM.15),&nbsp;<\/em>une oeuvre de 2016 (con\u00e7ue \u00e0 l&rsquo;origine pour le Centre Pompidou) dans laquelle un autre fant\u00f4me est convoqu\u00e9, celui de Maria Callas, incarn\u00e9e par l&rsquo;artiste elle-m\u00eame. La sc\u00e9nographie de cette oeuvre, qui tient le spectateur \u00e0 lointaine distance de la projection holographique du personnage, rend l&rsquo;oeuvre si troublante qu&rsquo;on en sort un tantinet d\u00e9sorient\u00e9, pas vraiment certain de savoir exactement ce que l&rsquo;on a vu, comme un clou de ce spectacle r\u00e9ussi d&rsquo;ombres et d&rsquo;esprits.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Barrie Kosky \u00fcber &quot;Opera (QM. 15)&quot; von Dominique Gonzalez-Foerster\" width=\"788\" height=\"443\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/yYSZ8gYwtok?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen title=\"Barrie Kosky \u00fcber \"Opera (QM. 15)\" von Dominique Gonzalez-Foerster\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s deux premi\u00e8res expositions qui s\u2019\u00e9taient r\u00e9v\u00e9l\u00e9es d\u00e9cevantes, la Bourse de Commerce d\u00e9ploie un peu plus l\u2019\u00e9tendue de ses capacit\u00e9s avec un nouvel accrochage intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Une seconde d\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb. 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